suite de la chronique de cet album.

Et la voilà, la masterpiece de l'album avec un diptyque : d'abord « Rainbow Ruse », mélange subtile de piano et de guitare acoustique. C'est l'uppercut, inévitable, incisif, évident. Et collé à sa suite, après son introduction chamanique, « Hesitation Waltz », poursuit sans interruption avec son rythme planant, sa mélodie envoutante, ses harmonies sublimes. La pression monte, et monte encore, avant la descente aux Enfers, la gueule de bois, le brouillard. On s'enfonce toujours plus loin dans l'abîme. Il fait noir lorsque « Falling From The Sun » vient nous cueillir. Le soleil se lève lentement, une trio de cordes, piano et chant clôture l'album. On ouvre les yeux pour s'éveiller en pleine aube. Les couleurs autour de nous ressemblent à celles de la naissance du Monde.

Demians part dans une direction opposée, alors que le groupe aurait pu assurer ses arrières, comme tant le font, en réchauffant les recettes d'un premier succès. Mute est une prise de risque contrôlée, assumée et diablement réussie. Un album à ne pas manquer pour ceux qui aiment les mélodies travaillées, les triturages sonores, les caresses et les poings dans la gueule et sur les I. Le frisson de la brûlure... En tout cela, cet album est une merveille. Attendons de voir la transposition sur scène. On va être patient, même si on n'attend plus que ça, pour goûter à cette nouvelle dimension d'un groupe qui, déjà, nous a amené très très loin. Loin à l'intérieur de soi.

A l'instar du livre Demian de Herman Hesse qui donna son nom au groupe, l'aura qui entoure Demians emprunte à une fusion parfaite entre féminin et masculin. Le secret de l'équilibre sonore qu'on reçoit est une alchimie androgynique. C'est là. C'est impalpable, mais c'est là. C'est ce tour de magie improbable qui nous explose aux oreilles. En réalisant ça, on comprend vraiment la poésie de l'album. Mute est un doigt tendu vers un absolu, une recherche perpétuelle du Beau. Une balance entre sensibilité et force.