Cannibal Ox ? The Cold Vein ? Quel curieux choix d’album, d’autant plus que celui ci n’est ni un « classique » du Hip Hop à proprement parler, ni un album connu du grand public. Sorti discrètement en 2001 sur le label Def Jux, ce premier (et surement dernier) album de Cannibal Ox a toutefois remporté un vif succès critique et su conquérir une fanbase tenace et fidèle.

Tout commence en 2000 lorsque El-P, après le split des mythiques Company Flow, fonde son propre label Definitive Jux Records et se lance dans une carrière solo de rappeur/producteur. Il repère et lance dans le grand bain deux MC’s Vast Aire et Vordul Mega formant le duo Cannibal Ox. Au printemps 2001 sort The Cold Vein premier album de Cannibal Ox et première sortie du label Def Jux.

Et quelle sortie mes amis! Car The Cold Vein n’est pas le genre de disque que l’on écoute et qu’on oublie aussi sec. Non, The Cold Vein est un album singulier, d’une qualité rare, qui surprend, déroute, sort des schémas convenus du Hip Hop mais finit par s’imposer aux oreilles de l’auditeur avisé comme une évidence.

Le travail de production énorme de El-P est, avant tout, la principale qualité de cet album. Tordues, dissonantes, hypnotiques, planantes, psychédéliques chacune des instrus de cet album réussit à emmener l’auditeur dans un univers sombre, futuriste mais paradoxalement très terre à terre qui colle parfaitement avec les thèmes abordés tout au long de cet album. El-Producto sample, déconstruit et mixe avec un brio sans égal. Ne soyez pas étonnés d’entendre des choeurs d’église soutenues par des synthétiseurs d’outre espace, des lignes de basse jazzy accompagner des guitares saturées, des sonars se perdre dans un capharnaum synthétique, des pianos hypnotiques répondre à des basses saturées, …

cold veinSi, il faut l’avouer, les prods de El-P volent la vedette aux 2 MC’s, les deux compères s’en sortent avec les honneurs. Pas forcément très techniques ou rapides, les flows des MC’s se complètent parfaitement et collent aux beats d’El-P. Les lyrics s’éloignent des schémas « Bling Bling » en vogue pour revenir aux fondements du Hip Hop et à la glorieuse période du Rap New Yorkais des 90’s. Ici pas de « biaaatchs » en bikini, pas de Porsches rutilantes ou de jacuzzis brûlants. Non, Cannibal Ox nous sert une description minutieuse des ghettos, de la drogue, des chagrins d’amour, de la violence. Entre métaphores futuristes et descriptions réalistes Vast Aire et Vordul dressent le canevas de leurs vies à Harlem entre pessimisme et optimisme.

Chef d’oeuvre parmi les chefs d’oeuvre de ce disque, Pigeon, décris en 6 minutes la vie dans les ghettos en comparant ses individus à des pigeons. Morceau concept d’apparence farfelue mais férocement juste, porté par une instru surréaliste.

La force de cet album est de transporter l’auditeur entre rêve et réalité. The Cold Vein ne se contente pas d’offrir d’excellents morceaux de rap, mais propose un univers tout entier, perdu, quelque part entre présent, avenir et passé, quelque part entre vrai Hip Hop et abstraction. Si The Cold Vein est un album bien trop singulier pour avoir un impact sur la scène Hip Hop mondiale, il n’en reste pas moins un chef d’oeuvre intemporel, hélas trop peu (re)connu.