Binaural, sixième opus studio de Pearl Jam, synthètise sans se répéter les trois albums précédents, dans le respect d'une vocation quasi obsessionnelle d'intégrité et d'intransigeance artistique.

  Etonnant parcours que celui de Pearl Jam, ultime survivant de la scène de Seattle, le seul des quatre grands (Nirvana, Soundgarden et Alice in Chains) à avoir survécu à la mort du grunge.

 Mais finies les incroyables envolées de Ten ... Finie la rage désespérée de Vs . Avec Vitalogy, le groupe a brutalement tourné le dos au succès pour se lancer dans l'exploration d'une musique post-punk, aride et authentique, en quête de ses origines. Après avoir égrené diverses approches dans No code et Yield , le groupe semble avoir trouvé ses marques avec ce sixième album, plus homogène et plus structuré.

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 Après les déflagrations successives des trois premiers titres - Breakerfall, God's dice et Evacuation - on retrouve sur Rival , Light Years ou Thin Air , le rock de garage, mid-tempo et moite, que les Pearl Jam pratiquent avec assiduité depuis leur rencontre avec Neil Young.

 Ce recentrage des influences et du style est d'autant plus surprenant que l'écriture s'est, elle, redistribuée entre les membres du groupe. Stone Gossard (guitare) appose sa signature au bas de quatre titres, Jeff Ament (basse) peut en revendiquer trois, dont Nothing as it Seems, ballade sombre et envoûtante, empreinte de l'émotion des débuts.

La valse des batteurs continue. Matt Cameron (ex -Soundgarden), reprend sa place après dix ans d'absence tandis que Tchad Blake se retrouve aux commandes de la production.

 

Binaural semble marquer l'aboutissement d'une tentative visant à canaliser l'inspiration brutale, le déchaînement créatif et le succès mal vécu des trois premiers albums. A l' Eddie Vedder de State of Love and Trust qui implorait « Help me from Myself » semblent répondre presque dix ans plus tard, avec la marque du temps et de l'expérience, les paroles de Grievance: « You don't give blood ... then take it back again ».