On a pas l'habitude de parler de Rap, ou alors de rap hard-core, mais force est de constater le style hard-core d'un groupe old school come Public Enenmy dans les années 80.

Plutôt que de tourner autour du pot pendant des heures, voici la question qui brûle les lèvres (ou plutôt les touches de claviers) de votre serviteur : It Takes a Nation of Millions to Hold Us Back est-il le meilleur album de l’histoire du Hip Hop? A en croire les différents classements des magazines musicaux, les chroniques élogieuses de la presse et les hommages des différents artistes de la scène Rap, la réponse serait bien évidemment affirmative. Mais laissons à chacun son avis sur la question, d’autant plus qu’ITANOMTHUB (pour faire plus court), tout comme ses auteurs, appartient à une autre époque.

Cette époque c’est la fin des années 80, 1988 plus précisément. La scène Hip Hop est presque exclusivement concentrée à New York. Dr. Dre n’a pas encore popularisé le Gangsta Rap et la scène West Coast est encore en plein balbutiements, mais déja un sentiment de danger émane de la contre-culture qu’est le rap. Ce sentiment est incarné à lui tout seul par un groupe : Public Enemy.

Le groupe avait déja acquis une réputation sulfureuse avec son premier opus, porté par le single Public Enemy N°1, et des prestations live endiablées. Mais It Takes a Nation of Million to Hold Us Back leur second opus va véritablement propulser le groupe sur le devant de la scène. Avec ce véritable concentré de rage revendicatrice, Public Enemy et son armée vont terroriser le monde tout entier à coups d’instrus destructurées et furieuses et de paroles vindicatives envers la société.

Prenez des instrus funk, broyez les et incorporez-y des percussions furieuses, des bruitages industriels, des interventions vocales d’icônes de la cause noire (Malcolm X entre autres…), saupoudrez de scratchs assassins et laissez bouillir le tout avec des paroles crues et explicites traitant des problèmes des ghettos, de la drogue, du gouvernement, des discriminations, … Le nombre de samples absolument ahurissants qui forment le patchwork de cet album donne à celui ci une impression de véritable chaos sonore et conceptuel où les flows, différents mais complémentaires, de Chuck D. et Flavor Flav’ semblent autant d’appels à la révolte.

Car de bout en bout l’album transpire la rébellion. De l’introduction Countdown to Armaggeddon au final Party for Your Right to Fight en passant par les emblématiques Don’t Believe the Hype, She Watch Channel Zero (et son sample Metal qui a influencé une bonne partie de la scène Hardcore jusqu'au Metal ), Black Steel in the Hour of Chaos ou encore Prophets of Rage, Public Enemy se fait l’étendard de la cause noire perdue dans la drogue, les ghettos et les discriminations. Chuck D. véritable leader idéologique lâche ses textes avec une conviction encore jamais entendue jusque là, épaulé par un Flavor Flav’ en grande forme qui représente à lui seul l’âme visuelle du groupe. La production de Rick Rubin (M. Def Jam!!!) renforce encore un peu plus l’incroyable puissance du groupe, donnant à cet album des airs de véritable meeting révolutionnaire en plein milieu du Bronx.

Car la force de Public Enemy est de réussir à nous transporter dans son monde. Dans ce New York sordide, la face cachée de l’Amérique, où au détour d’une ruelle sombre un junkie zombifié crève dans son vomi, où un clochard meurt lentement au milieu des cartons et des rats dans le vacarme assourdissant des sirènes de police, où dealers et prostituées se partagent le trottoir où les sound systems pour briser cette monotonie sordide envahissent les rues et font danser les populations défavorisées.

Avec cet album, Public Enemy sort un véritable brulôt provocateur et brutal, qui s’il appartient désormais à une autre époque, a eu une influence capitale sur toute la scène Hip Hop à venir. La rage, l’intelligence et le charisme sans égal des compositions de cet album font de celui ci un disque essentiel dont l’aura a depuis largement dépassé le cadre du Hip Hop.